Une personne aphasique garde sa sensibilité physique, mais elle ne trouve plus les mots pour dire qu’elle a mal. L’aphasie peut venir d’un accident vasculaire cérébral (AVC), d’un traumatisme ou d’une tumeur. Pour l’entourage, la question est simple et difficile à la fois : comment savoir si elle souffre ?
Voici comment lui poser la question, quels signes observer, comment les noter et dans quels cas appeler le médecin ou le 112. Ces conseils ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé.
Commencer par lui poser la question
Selon le type d’aphasie, votre proche comprend plus ou moins bien ce qu’on lui dit. Même s’il ne parle plus, demandez-lui avant de deviner.
- Posez une seule question à la fois, avec des phrases courtes (« Vous avez mal ? »), et laissez-lui le temps de répondre.
- Proposez des réponses par oui ou non : hochement de tête, pouce levé, main qui serre la vôtre.
- Demandez-lui de poser le doigt sur l’endroit qui fait mal, sur son corps ou sur un schéma.
- Pour l’intensité, utilisez les doigts (de 0 à 10) ou une échelle de visages.
Un logopède peut proposer des images ou des pictogrammes adaptés. Votre médecin traitant peut prescrire un bilan logopédique.
Les signes physiques de la douleur
Le visage
Regardez les yeux et les sourcils : front plissé, yeux fermés très fort, regard fixe, larmes. Regardez aussi la bouche : dents serrées, grimace qui reste au repos. Ces signes peuvent évoquer une douleur, surtout s’ils apparaissent lors d’un mouvement ou d’un soin.

Le corps et les réactions de protection
Notez si les membres restent raides ou figés, si votre proche protège une partie de son corps, se retire quand on le touche ou recule brusquement. Les gémissements, les soupirs et les cris comptent aussi. Approchez-vous doucement, avec des gestes lents : cela limite les réactions de défense.
| Zone | Signes à noter |
|---|---|
| Visage | Grimaces, front plissé, mâchoires serrées, larmes |
| Corps | Raideur, zone protégée, recul au toucher |
| Voix | Gémissements, soupirs, cris |
| Pendant les soins | Résistance inhabituelle, mains qui repoussent, crispation |
Douleur ou autre cause ? Les changements de comportement
Une douleur peut changer le comportement de votre proche, mais un changement de comportement n’a pas toujours la douleur pour cause. Dans les deux cas, signalez-le pour qu’un professionnel cherche l’origine.
Agitation, irritabilité et repli sur soi
- Cris sans raison apparente
- Agitation ou colère inhabituelle
- Refus de l’aide habituelle
- Repli sur soi, sommeil perturbé
Une douleur qui dure, comme celle de l’arthrose chez la personne âgée, peut aussi changer l’humeur. À l’inverse, un proche très calme, qui ne bouge plus, peut avoir mal lui aussi : l’absence de plainte ne prouve pas l’absence de douleur.
Un changement brutal de comportement peut aussi venir d’une infection (urinaire par exemple), d’une constipation sévère, d’une rétention d’urine, d’une confusion ou d’un nouvel AVC. Contactez le médecin traitant le jour même. Appelez le 112 si votre proche est confus, très somnolent ou présente un symptôme nouveau : faiblesse, visage qui s’affaisse, parole qui s’aggrave.
Refus de manger ou de boire
Un refus de manger ou de boire peut venir d’une douleur (bouche, dents, position). Il peut aussi venir d’un trouble de la déglutition, fréquent après un AVC. Une toux pendant les repas, une voix « mouillée » ou des aliments qui restent en bouche doivent alerter. Ne forcez pas : installez votre proche bien droit, assis, et prévenez rapidement le médecin traitant ou un logopède.
Un refus de boire qui dure doit être signalé le jour même : c’est l’un des signes d’une déshydratation chez la personne âgée.
Noter ce que vous observez
Notez la date et l’heure, ce que vous avez vu, ce qui s’est passé juste avant (toilette, repas, changement de position), la durée et ce qui a soulagé. Par exemple : « mardi, 8 h, grimace et bras droit raide quand on l’habille, passé après dix minutes de repos ». L’infirmier et le médecin ne voient votre proche que quelques minutes par jour : montrez-leur ce carnet.
Notez aussi les sueurs, la pâleur ou une respiration rapide. Ils ne prouvent pas une douleur : ils peuvent aussi venir d’un problème cardiaque, respiratoire ou d’une infection. S’ils apparaissent brutalement avec une gêne pour respirer, une douleur dans la poitrine, une faiblesse nouvelle ou un visage qui s’affaisse, appelez le 112.
Les grilles utilisées par les soignants
Les soignants utilisent des grilles d’observation du comportement : Algoplus pour une douleur aiguë (elle se remplit en quelques minutes) et Doloplus-2 pour une douleur qui dure. Ces grilles se remplissent avec un soignant. Votre rôle est de lui transmettre ce que vous voyez au quotidien. Elles ne remplacent pas l’avis du médecin.
Ne donnez et ne modifiez jamais un médicament contre la douleur sans l’avis du médecin traitant ou du pharmacien. Même un médicament courant peut être dangereux selon les autres traitements en cours.
Qui contacter, et quand
- Le médecin traitant est votre premier interlocuteur : c’est lui qui décide du traitement contre la douleur.
- L’infirmier à domicile observe, transmet ce qu’il constate au médecin et adapte les gestes de soins et les positions. Domiris intervient 7j/7, de 7h à 21h.
- Le logopède propose un bilan et des supports de communication, sur prescription du médecin.
- En dehors des heures d’ouverture des cabinets, appelez le 1733 pour joindre un médecin de garde, ou la garde de médecine générale de votre région si ce numéro n’y est pas disponible. En cas d’urgence vitale, appelez le 112.
Limiter la douleur pendant les soins
Préparez les moments sensibles, comme la toilette : gestes lents et prévisibles, pièce calme et chauffée, voix douce, coussins de positionnement. Ne tirez jamais sur un bras ou une jambe que votre proche ne contrôle plus, pendant un transfert ou la toilette : demandez à l’infirmier ou au kinésithérapeute de vous montrer les bons gestes.
Entre deux passages de l’infirmier, c’est vous qui voyez votre proche au quotidien : ce que vous notez aide à adapter les soins et à prévenir le médecin au bon moment. Pour organiser des soins à domicile à Charleroi et dans le Hainaut, contactez nos infirmiers à domicile à Charleroi via la page contact : 7j/7 de 7h à 21h, sans engagement, première visite à domicile offerte. Vous trouverez d’autres conseils dans notre guide de l’aidant.
FAQ
Comment savoir si une personne aphasique a mal ?
Demandez-lui d’abord, par des gestes, des images ou des questions à réponse oui ou non. Si elle ne peut pas répondre, regardez son visage (grimaces, front plissé), son corps (raideur, recul au toucher) et son comportement (agitation, repli, refus de l’aide), puis notez ce que vous voyez pour le montrer à l’infirmier et au médecin traitant.
Quelles échelles de douleur les soignants utilisent-ils ?
Algoplus pour une douleur aiguë, Doloplus-2 pour une douleur qui dure. Ce sont des grilles d’observation que le soignant remplit lui-même avant de transmettre le résultat au médecin. Si votre proche comprend bien, une échelle de visages ou une échelle de 0 à 10 montrée avec les doigts peut suffire.
Que noter dans un carnet de douleur ?
La date et l’heure, ce que vous observez, ce qui a précédé (toilette, repas, mobilisation), la durée et ce qui a soulagé. Ne donnez ni ne modifiez jamais un médicament contre la douleur sans l’avis du médecin ou du pharmacien.
Quand faut-il appeler le médecin ou le 112 ?
Prévenez le médecin traitant en cas d’agitation inhabituelle, de cris, de repli, de refus de manger ou de boire ou de sommeil perturbé : la douleur n’est pas la seule cause possible (infection, constipation, nouvel AVC). Appelez le 112 en cas de confusion, de somnolence importante, de visage qui s’affaisse, de faiblesse nouvelle, de douleur à la poitrine ou de gêne pour respirer.
