- Surveillez vos deux pieds chaque jour et consultez dans la journée dès qu’apparaissent une plaie, une ampoule ou une rougeur, même indolore.
- Ne retirez jamais vous-même un cor et ne percez pas une ampoule : confiez ce soin à un podologue.
- Appelez le 112 en cas de confusion, d’essoufflement important ou de forte fièvre avec un pied très enflammé.
Avec le diabète, le pied peut s’abîmer sans que vous le sentiez.
Une chaussure qui frotte, un petit choc, et la peau s’ouvre. Voici comment surveiller votre pied diabétique, le soigner au quotidien et repérer ce qui ne doit pas attendre.
Quand consulter pour une plaie ou un changement du pied ?
Chez une personne diabétique, une plaie, une ampoule ou une rougeur demande un avis médical rapide. Même si elle paraît minime ou ne fait pas mal, il faut la signaler. La perte de sensibilité peut cacher une blessure profonde. Et une circulation réduite ralentit la cicatrisation.
Contactez votre médecin, votre infirmier ou un podologue dans la journée si vous remarquez :
- une coupure, une ampoule, une brûlure ou une plaie ouverte ;
- une rougeur, une chaleur ou un gonflement qui apparaît ou s’étend ;
- un écoulement, du pus, une odeur désagréable ou une plaie qui s’agrandit ;
- un changement de couleur, avec un pied très pâle, bleuté, violet ou noir ;
- une douleur nouvelle, une perte de sensibilité ou une modification de la forme du pied.
Un pied subitement rouge, chaud, gonflé ou déformé peut signaler un pied de Charcot aigu. Cette complication touche surtout les personnes atteintes de neuropathie, une atteinte des nerfs qui réduit la sensibilité. Un gonflement nouveau, surtout avec chaleur, rougeur ou différence de température avec l’autre pied, demande un avis médical rapide, même lorsque la peau reste intacte.
Appelez le 112 si vous vous sentez très mal, si vous êtes confus, très essoufflé ou extrêmement faible, ou si une forte fièvre accompagne une plaie ou un pied très enflammé. Ces signes peuvent traduire une infection grave ou une atteinte qui menace la vie.
Si la situation ne met pas votre vie en danger mais ne peut pas attendre le retour de votre médecin, appelez le 1733 pour joindre un médecin de garde, qui pourra vous orienter.
Une petite zone sèche ou une callosité, sans rougeur, douleur, chaleur, écoulement ni plaie, peut attendre un rendez-vous ordinaire.
Ne la retirez pas vous-même avec une lame ou un produit corrosif. Une fissure minime peut vite devenir une porte d’entrée pour une infection.
Qu’est-ce que le pied diabétique ?
Le pied diabétique regroupe les problèmes du pied liés au diabète. Deux mécanismes jouent un rôle central. Le premier est l’atteinte des nerfs, qui émousse la sensibilité. Le second est l’atteinte des artères, qui réduit l’apport de sang.
Les nerfs : la neuropathie
La neuropathie peut d’abord provoquer des fourmillements, des brûlures ou des douleurs, puis une perte progressive de la sensation de douleur, de pression ou de température. Une chaussure, un objet chaud ou une pression répétée peuvent alors vous blesser sans que vous vous en rendiez compte.
Les artères : l’artériopathie
L’artériopathie, c’est-à-dire le rétrécissement des artères des jambes, achemine moins d’oxygène vers les tissus. Une plaie cicatrise plus lentement et répond moins bien aux traitements, surtout lorsque le diabète se combine au tabac, à une tension élevée ou à un excès de cholestérol.
Une pression répétée sur une zone d’appui peut former une callosité. Elle peut ensuite se fissurer, puis devenir un ulcère.
Les zones les plus exposées sont :
- la plante du pied sous les têtes des métatarsiens
- le talon
- les orteils
- les espaces entre eux
- les endroits frottés par la chaussure
Les déformations concentrent la pression sur une petite surface. C’est le cas d’un orteil en griffe, d’un hallux valgus ou d’une saillie osseuse. Une chaussure trop étroite accentue les frottements et le risque de plaie.
Le risque augmente avec la durée du diabète. Il grandit aussi avec une neuropathie, une mauvaise circulation ou une maladie rénale. Une plaie antérieure ou une amputation le renforcent également. Le diabète de type 1 comme celui de type 2 peuvent entraîner ces complications.
Quels sont les facteurs de risque ?
Le risque podologique, c’est la probabilité de développer une plaie ou une autre complication du pied. Le professionnel l’évalue pour chaque pied. Il adapte ensuite la fréquence des contrôles et les protections à mettre en place.
Les facteurs médicaux les plus déterminants sont :
- une perte de sensibilité mise en évidence par un monofilament de 10 grammes
- une mauvaise circulation dans les jambes
- une ancienne plaie, une amputation ou un pied de Charcot
- une déformation du pied ou des orteils
- une callosité importante ou une zone de pression répétée
- une maladie rénale, surtout lorsqu’elle est avancée
- des difficultés à voir, à marcher ou à réaliser seul les soins
En Belgique, l’INAMI distingue notamment les groupes suivants :
- Groupe 1 : perte de sensibilité
- Groupes 2a et 2b : déformations légères ou plus marquées
- Groupe 3 : troubles vasculaires, ancienne plaie, amputation ou pied de Charcot
La fréquence des contrôles dépend du niveau de risque :
- Risque faible : examen au minimum annuel
- Risque modéré : réévaluation généralement tous les trois à six mois
- Risque élevé : contrôles plus rapprochés, parfois tous les un à deux mois selon l’état du pied
Tous ces facteurs ne sont pas modifiables.
Sur quoi vous pouvez agir
- le chaussage
- le tabac
- l’équilibre du diabète
- la tension artérielle
- le suivi médical
Ce qui ne se modifie pas
- une amputation passée
- une déformation déjà installée
Comment surveiller ses pieds à domicile ?

Inspectez vos deux pieds chaque jour, dans une pièce bien éclairée. Regardez le dessus, la plante, les talons, les côtés et les espaces entre les orteils. Un miroir, ou l’aide d’un proche, vous permettra de voir les zones difficiles d’accès.
Recherchez :
- une rougeur
- une ampoule
- une fissure
- une zone brillante
- une peau très sèche
- un hématome
- une callosité
- une coupure
- un changement de couleur
Vérifiez aussi les ongles. Cherchez un épaississement, un décollement, un changement de couleur ou une inflammation autour de l’ongle.
Comparez toujours le pied droit et le pied gauche. Une différence nouvelle de chaleur, de volume, de couleur ou de forme compte plus qu’une particularité présente depuis longtemps.
Ne testez pas vous-même la sensibilité avec une aiguille, une flamme ou un objet chaud. Le professionnel utilise un monofilament de 10 grammes. Il vérifie aussi la vibration, la température, la douleur et la circulation.
Un examen des pieds doit être réalisé au moment du diagnostic du diabète, puis au moins une fois par an. Il doit être plus fréquent en cas de neuropathie, de déformation, de plaie antérieure ou d’amputation.
Quels soins quotidiens effectuer ?

Lavez vos pieds chaque jour à l’eau tiède avec un savon doux. Vérifiez la température avec le coude ou le poignet. Une neuropathie peut empêcher de sentir une eau trop chaude.
Évitez les bains de pieds prolongés. L’eau ramollit la peau, surtout entre les orteils, ce qui favorise fissures et infections. Après le lavage, séchez par tamponnement, sans frotter, en insistant entre les orteils.
Appliquez une crème hydratante sur les zones sèches, de préférence après le lavage. Ne la mettez pas entre les orteils. L’humidité excessive peut favoriser la macération et les mycoses.
Coupez les ongles droits, sans les raccourcir trop court ni creuser les coins. Limez les bords qui accrochent. Si votre vue, votre mobilité ou votre sensibilité ne permettent pas de le faire sans risque, confiez ce soin à un podologue.
Ne retirez pas vous-même un cor, une callosité ou une peau épaissie avec une lame, un coupe-cors ou un produit acide. Un podologue peut réduire la pression sans créer de blessure. Il vous indiquera aussi la cause du frottement.
Ne marchez pas pieds nus, même chez vous. Évitez aussi les bouillottes, les coussins chauffants et les bains très chauds : une perte de sensibilité peut transformer une source de chaleur banale en brûlure profonde.
Traitez rapidement les crevasses, les ampoules et les petites coupures. Demandez conseil à un professionnel si besoin. Une lésion indolore reste une lésion. L’absence de douleur ne permet pas de juger de sa gravité.
Comment choisir chaussettes et chaussures ?

Choisissez des chaussures assez longues, larges et profondes. Elles ne doivent pas comprimer vos orteils. Une forme arrondie, une semelle stable, un talon bas et une fermeture réglable limitent les frottements.
L’intérieur doit être lisse, sans couture agressive ni bord dur. La chaussure doit dépasser la longueur du pied d’un à deux centimètres. Elle doit épouser sa largeur, sans être trop lâche.
Essayez vos chaussures en fin de journée, quand le pied est plus volumineux. Portez-les d’abord par courtes périodes. Examinez ensuite vos pieds pour repérer une rougeur ou une marque qui persiste.
Une plaie plantaire ne se couvre pas avec n’importe quelle chaussure. Le professionnel peut proposer une chaussure thérapeutique, une semelle adaptée ou un dispositif de décharge.
- Vérifiez que la chaussure dépasse la longueur de votre pied d’un à deux centimètres.
- Contrôlez que l’intérieur est lisse, sans couture agressive ni bord dur.
- Essayez-la en fin de journée, quand votre pied est plus volumineux.
- Portez-la d’abord par périodes courtes.
- Examinez vos pieds après chaque période de port pour repérer une rougeur qui persiste.
Que faire si vous découvrez une plaie ?
Asseyez-vous ou allongez-vous. Ne prenez pas appui sur le pied. Retirez la chaussure et la chaussette. Observez la plaie, sans la gratter ni la frotter.
Rincez doucement la zone à l’eau propre ou au sérum physiologique. Ne la faites pas tremper. Séchez la peau autour de la plaie. Couvrez-la d’une compresse propre, non adhérente si possible.
Ne faites pas ces gestes :
- Ne percez pas une ampoule.
- Ne retirez pas une peau décollée.
- N’appliquez ni alcool, ni eau oxygénée, ni produit caustique.
- N’appliquez ni crème antibiotique, ni antiseptique sans conseil professionnel.
Ne remettez pas la chaussure qui a probablement causé la lésion. Limitez la marche. Gardez le pansement sec jusqu’à l’avis médical.
Un pansement humide favorise la macération et peut laisser pénétrer des bactéries.
Comment les professionnels prennent-ils en charge une plaie ?
Le professionnel décrit la taille, la profondeur, l’emplacement et l’aspect de la plaie. Il vérifie la sensibilité, la circulation et la présence d’une infection. Il regarde aussi la pression exercée sur la zone et d’éventuels signes d’atteinte osseuse.
Soins de la plaie
Le débridement consiste à retirer les tissus morts, les débris et parfois la callosité autour de la plaie. Un professionnel formé le réalise, avec prudence si la circulation est insuffisante.
Le pansement est choisi selon la profondeur de la plaie, la quantité d’écoulement et l’état de la peau. Il doit aussi garder un milieu favorable à la cicatrisation. Il ne remplace ni la décharge, ni le traitement d’une infection ou d’une mauvaise circulation.
Infection et décharge
Une infection s’évalue à partir de signes locaux et généraux. Si elle est suspectée, un prélèvement de tissu peut aider à identifier les bactéries. Le médecin décide ensuite d’un traitement anti-infectieux, selon la gravité et les résultats disponibles.
La décharge réduit les contraintes répétées qui empêchent la cicatrisation. Pour certaines plaies plantaires non infectées et bien irriguées, un dispositif non amovible peut être privilégié. Le choix dépend de la plaie, de la circulation, de l’équilibre et de votre capacité à suivre les consignes.
Orientation et coordination
Une mauvaise circulation peut justifier l’avis d’un spécialiste vasculaire.
Une infection profonde, une gangrène, un abcès, une atteinte osseuse ou une menace pour le membre peuvent conduire à une hospitalisation et à une intervention rapide.
Plusieurs compétences se réunissent en général dans une clinique du pied : médecin, infirmier, podologue, spécialiste du diabète, chirurgien ou spécialiste vasculaire. Cette coordination permet de traiter en même temps la plaie, la pression, l’infection et la circulation.
Quels contrôles et remboursements existent en Belgique ?
Le remboursement dépend de votre type de diabète, de votre parcours de soins, de votre groupe de risque et de votre prescription. Vérifiez les conditions auprès de votre médecin généraliste et de votre mutualité avant le rendez-vous.
Les séances de podologie peuvent être remboursées dans le cadre suivant, si un risque podologique accru est établi :
- Trajet de démarrage Diabète de type 2
- Trajet de soins Diabète de type 2
- Programme d’autogestion
- Clinique du pied conventionnée
Pour les patients concernés, l’INAMI prévoit les conditions suivantes :
- Nombre : jusqu’à deux séances de podologie par an
- Durée : au moins 45 minutes par séance
- Espacement : des jours différents
Ces séances doivent être prescrites dans le cadre prévu par le parcours de soins.
Dans ces dispositifs, l’assurance obligatoire prévoit une intervention pour les séances chez un podologue agréé et conventionné, selon les conditions de l’INAMI.
Une prestation réalisée en dehors du cadre applicable peut toutefois entraîner un montant à payer.
Une lésion qui ne fait pas mal reste une lésion. Regardez vos deux pieds chaque jour et, au moindre doute, appelez votre médecin, votre infirmier ou un podologue sans attendre.
Foire aux questions
Le diabète peut-il causer un pied gonflé ?
Oui, un pied gonflé peut être lié à une infection, une inflammation, une mauvaise circulation veineuse ou un pied de Charcot. Un gonflement nouveau, surtout avec chaleur, rougeur ou différence de température avec l’autre pied, demande un avis médical rapide.
Comment utiliser la Bétadine quand vous êtes diabétique ?
La Bétadine, un antiseptique, ne s’applique pas systématiquement sur une petite lésion. Pour une plaie, n’en utilisez pas sans conseil professionnel.
Pour une plaie, rincez doucement à l’eau propre ou au sérum physiologique, séchez la peau autour, puis couvrez-la d’une compresse propre, non adhérente si possible. Demandez rapidement l’avis d’un professionnel.
Comment le podologue prend-il en charge les pieds diabétiques ?
Le podologue repère les zones de pression, les callosités et les troubles des ongles. Il peut réduire la pression liée à une callosité et vous conseiller sur les soins des ongles, en prenant des précautions pour éviter une blessure.
Il conseille aussi le chaussage ou une semelle. Il vous oriente vers le médecin en cas de plaie ou d’infection.
